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13/12/2004

BitTorrent, bombe à retardement peer-to-peer

(article paru dans Music Reporter n°36)

Plus que le piratage en ligne, qui est son principal moteur aujourd'hui, le réseau peer-to-peer BitTorrent introduit de nouveaux usages qui promettent de bouleverser de fond en comble l'industrie des médias.

A bien des égards, le réseau peer-to-peer BitTorrent, qui prend le dessus sur tous ses autres concurrents (il représente désormais 35% du trafic P2P selon CacheLogic), promet de donner du fil à retordre à l'industrie des contenus. «BitTorrent est plus qu'une menace parce que c'est probablement le dernier et le meilleur outil technologique pour transférer de gros fichiers comme les films», explique à Associated Press John Malcom, Senior VP pour les opérations anti-piratage à la MPAA (Motions Pictures Association of America). Ce système P2P développé en 2001 par un jeune informaticien au chômage, Bram Cohen (photo ci-contre), se montre résistant aux contre-mesures habituelles imaginées par l'industrie. «C'est très difficile de faire du spoofing sur BitTorrent [polluer le réseau avec de faux fichiers, ndlr], si tant est que ce soit possible», confie un spécialiste de Bay TSP [...]

L'avènement du «broadcatching»

Mais là n'est pas la vraie prouesse de BitTorrent. Elle est clairement dans la possibilité de transférer un film ou un album sur un ordinateur via Internet en un temps record, et d'autant plus rapidement que le nombre de personnes qui le téléchargent est important. Plus une ressource est sollicitée sur ce réseau, moins il faut de ressources pour la distribuer. Par rapport aux modèles de distribution centralisés (ceux utilisés par iTunes ou Napster dans la musique, par CinemaNow ou MovieLink dans la VOD), le changement de paradigme est total. Il ne s'agit pas seulement d'une prouesse technique, mais d'une porte ouverte sur un nouvel univers médiatique, entièrement démocratisé du point de vue de l'accès, et qui donne lieu au développement de nouveaux usages en dehors de tout contrôle des majors du divertissement.

Le meilleur exemple en est la possibilité de configurer chez soi, à l'aide de BitTorrent et du protocole de syndication RSS, un véritable magnétoscope numérique branché sur la vidéothèque mondiale que constitue désormais ce réseau. Baptisée «BroadCatching» par le weblog collectif Engadget, cette pratique revient à s'abonner à des listes de films ou de séries TV, comme celles fournies par les annuaires TvTorrents.net ou BtefNet.com, qui se téléchargeront automatiquement en tâche de fond pour un visionnage ultérieur. Certains y voient un moyen idéal pour diffuser des contenus vidéo créés par les utilisateurs eux-mêmes et inventer un nouveau média entièrement libre, qui soit une véritable alternative aux monopoles établis de l'industrie audiovisuelle, à l'image de ce que commencent à devenir les blogs pour la presse écrite. A la suite du Blog, l'audioblog et le vidéoblog pointent le bout du nez, et BitTorrent leur fournit la plate-forme de distribution rêvée.

Une stupéfiante transformation des médias

«Ce qui nous excite le plus dans BitTorrent, c'est la possibilité pour les gens de 'bloguer' leurs vidéos ou des films indépendants et de les distribuer sans avoir besoin d'un gros budget pour l'hébergement», explique Nicholas Reville, un des activistes musicaux de l'ONG Downhill Battle, qui a développé son propre logiciel de connexion à BitTorrent : BlogTorrent. BlogTorrent résout un problème inhérent à BitTorrent : poster une vidéo sur le réseau est un peu compliqué, même pour un utilisateur averti. Avec BlogTorrent, cela devient aussi facile que de poster un nouveau texte sur son Blog. Même chose pour ce qui est de créer les flux RSS qui vont permettre aux autres de recevoir ses contenus.

«Les graines d'une stupéfiante transformation des médias ont été semées», prophétise Marc Pesce, visionnaire du Web et co-inventeur du VRML, un environnement 3D sur Internet. «BitTorrent est le futur, et c'est ce qui va ruiner la télévision commerciale telle que nous la connaissons», déclare-t-il dans le texte au vitriol d'une de ses conférences (F*ck Big Media: Rolling Your Own Network). «Mon serveur Web peut voir les films qui ont été téléchargés sur mon disque dur depuis ma télévision numérique. Ca signifie que je peux en consulter la liste sur mon site Web depuis n'importe où dans le monde, en choisir un et le télécharger sur une autre machine. N'importe où que je sois, je peux regarder les programmes que j'ai enregistrés. Et si je donne l'adresse de mon site Web à quelqu'un d'autre, est-ce que je ne deviens pas moi-même un diffuseur ?». Selon lui, c'est ce sur quoi les majors de l'Entertainment ont bâti leur toute puissance pendant 70 ans qui menace de disparaître aujourd'hui comme par enchantement: la rareté des ressources de diffusion dont elles s'étaient assuré le contrôle, celle des programmes et des créneaux horaires.

Philippe Astor

décembre 13, 2004 in Industrie, New Media, Peer-to-peer | Permalink

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