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15 mai 2007

Balle au centre !

Dfaite Après avoir écrit entre les deux tours que Sarkozy allait perdre l'élection présidentielle, et poussé le culot jusqu'à publier mon article sur Agoravox, ce qui m'a valu plus de deux-cent cinquante commentaires et de nombreux sarcasmes, on et off-the-record, je pensais devoir me faire discret pendant quelques temps, adopter un profil bas, faire pénitence et m'abstenir de la moindre analyse politique, à défaut de pouvoir prétendre avant longtemps à une quelconque crédibilité.

Mais quel retournement de situation, mes chers amis ! Certes, Sarkozy a bel et bien remporté l'élection présidentielle et fait mentir ma prédiction aventureuse, mais les sarkozystes, eux, sont de toute évidence en train de la perdre, cette élection, bien après la bataille, et après avoir ostentatoirement étalé leur jubilation place de la Concorde, au soir de leur victoire du deuxième tour, dans une remake des émissions de variétés de Maritie et Gilbert Carpentier.

Car depuis qu'il est élu, Nicolas Sarkozy n'a de cesse de faire des oeillades sur sa gauche, au centre et même à la gauche du centre. Cette droite "décomplexée" qu'il disait incarner, et qu'il a caricaturalement droitisée pendant la campagne, elle semble bien déconfite aujourd'hui, à l'heure où son mentor ne trouve rien de mieux à faire que d'appeler des Kouchner ou des Védrines aux commandes pour conduire la politique de la France.

Mais que demande le peuple !? Je vous dis un grand merci, monsieur le président Sarkozy, de me donner ainsi l'occasion de jubiler à mon tour, devant la trombine que tirent ces derniers jours Devedjian et consorts. Eh bien mon vieux, qu'est-ce qu'on rit jaune chez vos fidèles tout d'un coup ! Et certains d'entre eux de rappeler, comme si ce n'était plus une évidence, que l'ouverture que vous menez doit s'étendre, aux delà des frontières, jusqu'aux sarkozystes eux-mêmes.

Quoiqu'il en soit la manoeuvre du nouveau président ne trompe personne. Il s'agit bel et bien de tuer dans l'oeuf ce nouveau mouvement démocratique lancé par Bayrou, dont il applique presque à la lettre la stratégie d'union et de rassemblement au delà des clivages politiques, à la surprise générale.

C'est bien qu'il reconnait, malgré tous les accents droitiers de sa campagne, que la France de demain ne pourra être gouvernée qu'avec une large majorité au centre. Et même d'extrême-centre, s'il vous plait, capable de regrouper des libertaires, des écolos, des libéraux, des démocrates, des radicaux, des inconoclastes de droite et de gauche, et j'en passe.

Ce n'est d'ailleurs pas le seul à reconnaître cette tendance de fond et à essayer de faire barrage à Bayrou, sur lequel on essaie de faire également l'impasse au PS, l'air de rien, comme s'il n'avait jamais existé ni pesé plus de 18 % des voix au premier tour, c'est à dire autant que Chirac en 2002.

Un PS qui passe désormais par pertes et profits ses anciens alliés de la gauche anti-libérale et veut incarner lui aussi cet extrême-centre éclairé dont il n'avait jamais voulu jusque-là reconnaitre l'existence ou la pertinence. Sauf que dans ce rôle, le PS, qui comptera bientôt autant de divisions internes que de membres, n'est pas crédible un seul instant.

En définitive, je me demande sérieusement aujourd'hui si le véritable vainqueur de l'élection présidentielle, au moins sur un plan symbolique, n'est pas François Bayrou, dans l'assiette de qui tout le monde vient manger désormais. Chacun campe soudain sur les positions qui furent les siennes pendant la campagne et de ce point de vue, la refondation politique qu'il appelait de ses voeux semble bel et bien à l'oeuvre.

De là à prédire que le MoDem (dont je suis déjà un pré-adhérent, ne vous déplaise) pourrait créer la surprise aux législatives, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas... cette fois-ci.

PS : à lire également, un excellent article de Voltaire, sur Agoravox, à propos du succès du Mouvement démocrate

09 mai 2007

Sarkozy candidat à la pipolisation

YachtCi-contre l'image de la véritable consécration que visait Sarkozy en se faisant élire à la présidence de la République : se faire inviter sur son yacht par un milliardaire.

La République jet-set, faut dire que ça en jette ! Un petit côté parvenu, quand même...

Mink Deville - Cadillac Walk

07 mai 2007

Faites des gosses !

Retraites Ben voilà, j'avais pas prévu de revenir si vite pour vous livrer une nouvelle tirade, mais depuis que j'ai trouvé la source de ce sondage IFOP sur les intentions de vote du second tour dont je bassine mon entourage depuis deux ou trois jours, je ne résiste pas à la tentation de vous la livrer.

Il donnait Ségolène Royal gagnante dans toutes les tranches d'âges sauf chez les plus de 65 ans, favorables à Sarkozy pour 75 % d'entre eux, ce qui suffisait à renverser la tendance.

A prendre avec des pincettes cependant. Je vous renvoie aux commentaires que sa publication a suscités sur le Big Bang Blog de Daniel Scheidermann, commentaires dont je ne partage pas toujours les relans anti-vieux.

Un autre sondage IFOP réalisé dimanche dernier sur le vote du second tour nuance d'ailleurs ses résultats. Mais il indique quand même que les 60-69 ans ont voté à 61 % pour Sarkozy et les 70 ans et plus à 68 %. A noter également que les 24-35 ans déclarent avoir voté à 57 % pour Sarkozy (les Lemeur's boys and girls ?).

Passons sur cette jaunisse de la génération Mitterrand, pour qui la seule alternance oedipienne qui vaille se situe probablement à droite. Un chose est sûre, l'évolution de la pyramide des âges, dans un pays vieillissant comme le nôtre, risque d'avoir de plus en plus d'influence sur le résultat des élections.

En ce lendemain de second tour, je ne vois qu'une solution. Tous au plumard pour un grand élan de procréation ! Si nous voulons un jour battre la droite les retraités aux élections, nous devons absolument rajeunir le pays.

Une demi France virgule trois en pleine poire

Gueuledebois Coucou, ben oui, je suis encore vivant, la preuve que frôler le ridicule ne tue pas. J'avais pourtant bien lu Le Pendule de Foulcault, qui traite des dangers de l'interprétation. Et Dieu sait que je suis rodé, depuis vingt ans, aux arcanes de l'interprétation.

D'ailleurs mon tarot de Marseille m'avait bien dit qu'il gagnerait, le mètre soixante de la droite (je sais, c'est d'un très mauvais esprit), bien avant les sondages de sortie des urnes péchés dès le milieu de l'après-midi sur Internet.

Mais je n'écoute jamais mon tarot quand ce qu'il me dit m'exaspère.

Revenons aux choses sérieuses. Contre toutes (mes) attentes et mes illusions, Sarkozy est élu. Et je ne me plierai pas en quatre pour dire que je suis bien heureux pour ceux qui en sont heureux. Grand bien leur fasse. Je me flatte d'être beau joueur, un héritage de mon enfance rugbistique, certainement.

Dès lors, quoi donc ? Eh bien nous voilà avec sur les bras une gauche largement déconfite, qui ne doit sa défaite qu'à elle-même. Qui nous dira le contraire ? Je ne crois pas un instant que les législatives puissent renverser la tendance. Certes, nous veillerons à ce que le nouveau président ne bénéficie pas d'une majorité absolue au Parlement. Donner le pouvoir à Sarkozy est une chose, lui donner tous les pouvoirs en est une autre.

Pour tout vous dire, j'ai eu des gueules de bois bien plus carabinées. Même si je frôle quand même l'indigestion politique. A l'heure qu'il est, je prends bien plus ombrage du fait que le soleil nous a quittés depuis une vingtaine de jours au sud de la Loire, et qu'on patauge encore aujourd'hui dans une grisaille persistante. On voulait de l'eau, on a eu de l'eau, mais faut quand même pas exagérer.

Comme je le confiais ce matin à une connaissance, l'élection de Sarkozy ne va pas transformer ma vie au quotidien du jour au lendemain. Il y a longtemps que je me lève tôt le matin (même si je me couche tard le soir), que je travaille plus (quand je le peux) pour gagner plus - bien plus de 35 heures par semaine quoiqu'il en soit -, que j'occupe un emploi précaire (freelance) exigeant une grande flexibilité, et que j'ignore à quoi ressemble, de près ou de loin, la moindre heure de RTT. J'ai même travaillé tout dimanche, c'est dire...

Mais tout cela est un choix assumé, un parti pris d'indépendance que j'ai parfois payé très cher, la preuve que tout se paie dans la vie, surtout l'indépendance. Et au moins de ce point de vue, ne dois-je rien à Sarkozy.

A très bientôt pour de nouvelles aventures !

04 mai 2007

Gérard Miller psychanalyse le discours de Sarkozy

03 mai 2007

Débat Sarko-Royal : mes impressions

Sarkoroyal_3 « Madame », « madame », « madame »... Combien de fois le vilain petit écolier dissipé Nicolas Sarkozy s'est-il amendé en déférences respectueuses envers l'autoritaire maîtresse d'école Ségolène Royal au cours du débat d'hier soir ?

Au-delà, Nicolas Sarkozy s'est contenté de faire du "copier-coller" de ses discours antérieurs tout au long de la discussion, presque à la virgule près. Quand Ségolène Royal régurgitait de travers de trop nombreuses phrases apprises par coeur.

Telle une amazone, elle enfourcha rudement son canasson dès que l'occasion lui fut donnée, pour s'offusquer de l'« immoralité politique » de son contradicteur, sur la question de l'accueil des handicapés à l'école. Episode très surjoué et d'autant moins convaincant, de mon point de vue.

Les partisans de Ségolène l'ont trouvée combative voire « combattante » (Libé), ceux de Nicolas l'ont trouvé serein. S'il s'était agi d'un oral du BAC que j'aurais eu à noter, j'aurais mieux évalué la prestation du second. En tout cas sur la forme.

Sur le fond, Nicolas Sarkozy a trop tendance à essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et à confondre « précision » et « simplification », ce que je juge très dangereux. Sur bien des points, Ségolène Royal laisse le débat ouvert, se repose sur la négociation entre les partenaires sociaux, et c'est tant mieux.

Pour autant, Nicolas Sarkozy habite son discours, il l'incarne, ce qui n'est pas le cas de Ségolène Royal, qui est encore un peu trop désincarnée, en représentation, et éprouve quelques difficultés à se montrer moins rigide, probablement parce qu'elle doute encore qu'on lui accorde la crédibilité à laquelle elle prétend. Plus de naturel et de spontanéité eurent mieux payé.

Pourtant, son refus de la simplification, sur les questions économiques et sociales, sur les questions énergétiques, sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, est tout à son honneur. Ségolène Royal n'a pas peur d'embrasser la complexité du monde d'aujourd'hui.

Et si elle est élue présidente (ce que je crois, et je voterai dans ce sens), son exercice du pouvoir sera beaucoup plus démocratique, concerté, partagé avec tous les Français, j'en suis intimement convaincu.

De ce point de vue, je regrette qu'elle ait botté en touche sur la première question, qui concernait la réforme des institutions. Ce sujet (avec l'Europe et la politique internationale) est un peu passé à la trappe.

Et c'est bien dommage. Car ce sont trois des principaux enjeux de la prochaîne présidence, avec l'environnement (problématique à la fois européenne et mondiale) et la réduction des inégalités et de la pauvreté dans le monde.

Cette présidence doit s'inscrire dans la mondialisation. Comment réguler le phénomène ? Comment mettre un terme à ses dérives, qui sont surtout le fait d'un déficit politique et démocratique à l'échelle planétaire et d'une mainmise de la finance internationale sur le destin économique du monde ?

Dimanche prochain, il faudra choisir entre deux options très claires.

Première option : la mise aux normes libérales de la France préconisée par Sarkozy, qui est déjà à l'oeuvre depuis de nombreuses années, peut certes se révéler globalement efficace d'un point vue strictement économique mais n'en est pas moins profondément injuste dans ses effets.

Deuxième option : la mise en oeuvre d'une démocratie sociale rénovée, modernisée, à l'européenne, économiquement décomplexée, ce qui est le propos de Ségolène Royal.

La première de ces deux options, si c'est celle que les Français retiennent, nous fera régresser vers le modèle de société autoritaire et paternaliste qui avait cours avant les métamorphoses sociales des XIXième et XXième siècle, entre patronnage condescendant et précarité sociale aigüe.

La deuxième nous propulsera au coeur des enjeux du XXIième siècle et de la modernité. Inutile de vous dire que mon choix est déjà fait.